Les avocats ont-ils le droit de faire des erreurs?

par | 23 Mai, 2024 | 0 commentaires

Quand j’étais avocate, j’avais tout le temps peur de faire une connerie. Mes client.e.s, aujourd’hui, me parlent beaucoup de ce sujet. Alors je me demande, est-ce que les avocat.e.s ont plus peur de se planter que les autres? L’erreur est-elle plus tabou dans cette profession?

Dans cet article, je vous parle du droit à l’erreur chez les avocat.e.s. Ou comment se planter est la meilleure manière de devenir excellent.


Le mythe de l’avocat.e parfait.e

Je n’ai pas le droit de me tromper, je suis avocat.e”.

Cette phrase vous dit forcément quelque chose. Soit vous l’avez prononcée, soit vous l’avez entendue de la bouche de vos confrères.

Je l’ai moi-même pensée pendant longtemps.

Et ça n’est pas étonnant. Quand on passe ses journées à traquer la faute ou l’inexact dans les dossiers, c’est naturel de s’appliquer la même rigueur à soi-même. Et ça remonte même à plus longtemps. Depuis la fac de droit, nous sommes entraînés à viser la perfection. Le système scolaire français est fondé sur la stigmatisation et la sanction de l’erreur. Cerise sur le gâteau, la responsabilité professionnelle des avocats est une des plus lourdes du droit français.

Résultat, les clients, les juridictions, le grand public, tout le monde semble d’accord : l’avocat n’a pas le droit à l’erreur.

Je suis sûre que vous avez fini par y croire, vous aussi. Surtout si vous avez à cœur d’apporter un service excellent à votre client.


En quoi c’est un problème?

La profession d’avocat est exigeante. Vous apportez un conseil, une aide, à un client qui s’en passerait bien s’il avait le choix. Vous le déchargez, il vous fait confiance. Il n’attend rien de moins que le meilleur. Et il a raison.

Le problème, c’est que comme vous êtes un être humain, vous allez vous planter. Si vous avez comme objectif de ne jamais faire d’erreur, soyez absolument certain.e de ne pas l’atteindre.

Or on sait depuis longtemps en neurosciences que :

  • poursuivre un objectif impossible est épuisant – comme courir dans une roue de hamster,
  • viser l’inatteignable renforce le sentiment d’échec – si vous pensez pouvoir traverser l’Atlantique en voiture, vous allez vous sentir nul.le lorsque, inévitablement, vous coulerez,
  • la peur n’est pas un moteur de la performance, c’est un frein – on connaît tou.te.s cet.te avocat.e qui relit 12 fois ses mails avant de les envoyer.
Loi de Yerkes-Dodson (1908) sur la relation entre stress et performance

Et quand l’erreur finit inévitablement par arriver?

Une cliente me confiait récemment la panique qu’elle vit lorsqu’elle se plante. Cœur qui s’accélère, sensation de brûlure, pensées négatives irrationnelles.

Et ce, quelle que soit l’erreur qu’elle a commise.

Car quand on travaille dans la peur de l’erreur, le fait même de la commettre est un drame en soi. Peu importe l’ampleur des conséquences réelles.

Chercher à faire le moins d’erreur possible épuise, décourage, détériore la confiance en soi. Et finit par entraîner un état propice à… faire encore plus d’erreurs.


C’est en se plantant qu’on devient excellent.e

Il ne s’agit pas d’éviter à tout prix l’erreur, ni de la favoriser.

Je ne suis pas fan du mythe de la tarte tatin, qui glorifie la success story de l’erreur. Vos copier-coller hasardeux ont peu de chance de créer une invention révolutionnaire ou la legal tech de demain.

J’adore plutôt ce que Séverine LOUREIRO appelle nos erreurs “sans flamboyance” dans son livre “Le droit à l’erreur” (ed. Dunod, 2021) :

Du genre de l’emailing que l’on a fait partir pour un événement avec la mauvaise date […]. C’est plutôt ce genre d’erreurs qui se commettent tous les jours dans les entreprises, le genre pas glorieux, qui ne feront pas l’objet de storytelling et que les influenceurs ne relateront pas dans leurs posts pseudo-motivationnels sur les réseaux sociaux”.

Ces erreurs, lorsqu’elles arrivent, sont notre meilleure opportunité de devenir excellent.e.s. Mais pour cela, il faut accepter de les regarder telles qu’elles sont vraiment.

Exit le “c’est pas grave ça arrive”, ou à l’inverse “tu vois, je suis le.la pire avocate.e que la terre ait jamais porté”. Vos erreurs sont des signaux que quelque chose ne fonctionne pas correctement, et qu’il faut agir.

Tirez-en des leçons pour changer de mode de fonctionnement. Qu’est-ce qui vous a amené à vous planter? Qu’est-ce que ça vous apprend sur vous et sur votre cabinet?

  • vous vous êtes trompé.e de pièce jointe parce que ce n’est pas clair dans le dossier? Changez votre méthode de classement,
  • vous avez raté la dernière jurisprudence parce que vous avez conclu à la hâte? Prenez plus de temps pour travailler vos dossiers (quitte à augmenter vos prix ou faire un point avec votre boss sur votre charge),
  • vous avez oublié un élément du dossier parce que vous êtes fatigué.e? Allez dormir.

Accepter l’erreur, ce n’est pas accepter l’échec. C’est accepter à la fois l’amélioration continue, l’innovation et la prise de risque.

L’amélioration continue, parce qu’une même erreur ne se reproduira pas deux fois.

L’innovation, parce qu’avec une telle culture, on peut non seulement réparer ce qui ne marche pas, mais aussi améliorer ce qui marche déjà.

La prise de risque, parce que si l’erreur devient une opportunité d’apprendre, vous aurez davantage envie de tester de nouvelles choses.

Enfin, accepter de faire une erreur augmente la confiance en soi et réduit le stress. De quoi devenir à la fois épanoui.e et excellent.e. La véritable erreur, c’est donc de ne pas prendre le temps de regarder l’erreur en face pour en tirer quelque chose de positif.


Alors, comment on fait?

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